SOFA
Troisième producteur de thé et leader de l’exportation mondiale avec près de 300 millions de kilos par année, le Sri Lanka est la théière du monde après avoir été celle de l’empire des Indes. Qui ne connaît pas le « thé de Ceylan »?
Intervention étatique et conjoncture économique modèlent aujourd’hui les formes de gestion
La culture du thé et des épices sont deux activités très importantes de l’économie sri-lankaise. Bien que ces produits jouissent d’une réputation d’excellence sur la scène internationale, les bas salaires et les mauvaises conditions de travail ont de quoi faire rougir les multinationales qui détiennent un énorme pouvoir d’achat dans cette région du monde. Cette mainmise occidentale sur la chaîne d’approvisionnement résulte d’une intervention étatique qui modifia la conjoncture économique du pays dans les années 1970. En comparaison aux pays voisins, les faibles rendements de la main d’œuvre sri-lankaise et leur salaire plus élevé ont incité le gouvernement à nationaliser les plantations de plus de 20 hectares. À partir de 1975, la production et le commerce du thé sont contrôlés par l’État. Ce n’est qu’en 1992 que les plantations sont remises au secteur privé. Ce transfert public-privé donne un élément de réponse concernant le mode de gestion actuel : la production de thé au Sri Lanka est gérée par de groupes agro-industriels exploitant de grandes plantations s’étendant sur des centaines d’hectares.

Une productrice avec les clous de girofle
Photo de Arayuma: www.arayuma.com
Joindre ses forces
Vis-à-vis la force du nombre de ces grandes plantations de thé, les petits producteurs des zones éloignées ne font pas le poids; les revenus tirés de la production de thé et des épices sont si faibles que les paysans délaissent peu à peu les champs. Devant une telle situation, des petits producteurs sri-lankais se regroupent pour mettre en commun leurs compétences et moyens techniques. En 1993, un petit groupe de producteurs reçoit l’appui de Bio Foods, une compagnie qui collecte, transforme, exporte et commercialise les produits biologiques de la région. Bio Foods a incité des familles à créer une association dans le but de mieux organiser la gestion des plantations et sa production. Quatre ans plus tard, en 1997, Small Organic Farmers Association (SOFA) est officiellement mise sur pied. Elle compte alors 183 membres. La même année, la coopérative, implantée au centre de l’île du Sri Lanka, dans la région de Gampola, obtient la certification biologique. Convertir les fermiers à l’agriculture biologique a été un défi de taille pour SOFA. Les règles sont rigoureuses : pas d’engrais chimiques et pas de brûlis.
Une fois ces pratiques bien adoptées par les fermiers, SOFA entame les démarches pour obtenir la certification équitable. En 1998, les membres de SOFA voient leur coopérative prendre une nouvelle direction, celle du commerce équitable.
Les primes du commerce équitable ont des répercussions directes sur les producteurs. L’argent est utilisé pour financer divers programmes. L’un d’entre eux est la diversification de la production agricole. En 2005, les épices comme le poivre, le clou de girofle, la cannelle et la cardamome sont certifiés équitable par la FLO (Fairtrade Labelling Organizations). Aujourd’hui, les épices certifiés équitables cultivés par SOFA sont exportés sur le marché mondial, dont le Canada.
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Impact du commerce équitable
Dans le cadre du système équitable, la coopérative a adopté un fonctionnement démocratique; le conseil est élu annuellement, les décisions prises lors des réunions sont écrites dans des livres, des lectures sont faites avant chaque réunion et une majorité doit faire consensus pour adopter les décisions. La prise de parole encourage une gestion horizontale et non pyramidale.
Pour des pratiques vertes
La mise en application des normes biologiques et équitables ont non seulement améliorer la qualité des produits, mais aussi accru les revenus provenant de leurs ventes. Intégrer ces voies du commerce a permis de revaloriser des terres et pratiques agricoles quasi abandonnées par les paysans des zones éloignées.
Les bienfaits du commerce équitable se font également sentir dans l’ensemble des villages où les membres de la SOFA cultivent le thé et les épices. Des communautés entières profitent des activités sociales organisées par la coopérative ou encore des infrastructures financées par cette dernière.
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SOFA's farmers practice crop diversification, also growing rice. Photo courtesy of Arayuma: www.arayuma.com |
La prime a été également employée à :
- En 2000, chaque paysan a reçu 30 plants de thé afin d’augmenter les surfaces cultivables et leur production. La même année, la coopérative a distribué du dolomite, une matière mise au pied des théiers. La pierre de dolomite est un engrais vert. Grâce au commerce équitable, chaque producteur a reçu 40 kg de ce fertilisant accepté dans l'agriculture biologique.
- En 2001, SOFA a distribué 50 plants de thé par membre. La coopérative a également construit un local pour le village. Ce local sert aux réunions de l’association. Les primes du commerce équitable ont financé l’achat de chaises pour le local lors des réunions et également de la tôle pour réparer les toits des maisons des membres de la coopérative.
- En 2002, 15 plants sont donnés à chaque paysan. Ainsi de suite pour les années qui suivent.
- Financé des programmes de bourses d’étude pour les enfants des producteurs.
- Offrir des programmes de formation sur la production biologique et de l’assistance technique; le compost sert désormais d’engrais.
- Acheter des biens qui répondent aux besoins des membres de SOFA. Par exemple, 40 vaches ont été achetées en 2001. L’eau potable a également été installée dans certains lieux stratégiques.



