Juliana Sampana - Akoma, Ghana

Juliana Sampana est la présidente de la coopérative de la société polyvalente Akoma.

À propos de Juliana

Juliana Sampana est une petite exploitante agricole qui cultive le maïs, le millet, les tomates, les poivrons ainsi que d’autres légumes. Elle est mariée, a six enfants et travaillait précédemment comme enseignante au niveau primaire.

Akoma est composé d’un groupe de 73 femmes qui font la cueillette de noix de karité pour ensuite les transformer en beurre de karité. Ce dernier est principalement utilisé en Europe dans le chocolat et la margarine ainsi que dans l’industrie cosmétique en tant que crème ou lotion hydratante. La coopérative couvre une superficie de plus de 2,400 hectares (6,000 acres) qui englobe les villages de Pusu-Namogo, Winkogo, Balunga et Pwalugu du district de Talensi-Nabdam de la région de l’Est supérieure; une contrée pauvre au nord est du Ghana à la frontière du Burkina Faso au nord et du Togo à l’est. Les villages ne sont qu’a 20 minutes en voiture da capitale régionale, Bolgatanga.

Plusieurs femmes de notre région et d’ailleurs ont durement travaillé pendant des années pour nourrir leurs familles, soit en travaillant la terre ou en s’affairant à d’autres besognes, mais le résultat demeure le même: un revenu injuste duquel en découle de multiples carences liées à une pauvre alimentation. Grâce à Fairtrade, ces femmes sont assurées de recevoir un salaire juste pour leur dure labeur.

 Juliana 

La fabrication du beurre de karité

La noix de karité est le fruit de l’arbre Karité ou « arbre à beurre » qui ne se trouve qu’en Afrique. Cette noix est une ressource d’importance au niveau nutritionnel et économique, et ce, à travers 16 pays de la région subsaharienne; notamment au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Mali ainsi qu’au Ghana. Le Ghana produit environ 65,000 tonnes de noix de karité par année. En 2008, on en exporta 42,500 tonnes, représentant une valeur monétaire de 42 millions de dollars (FAO).

Selon la méthode traditionnelle de fabrication du beurre de karité, les femmes des villages cueillent, bouillent et font sécher les noix au soleil avant de les écraser et de les broyer en pâte. La pâte est mélangée à l’eau pour en séparer la graisse et c’est celle-ci qui est ensuite barattée manuellement pour devenir un beurre crémeux. Le beurre de karité est utilisé en Afrique comme gras de cuisson et comme traitement pour l’épiderme et le cuir chevelu. En Europe, il entre dans la composition du chocolat, de la margarine et des produits de confiserie étant donné son faible coût et ses propriétés émulsifiantes efficaces. Il est de plus en plus utilisé dans la composition de savons, d’hydratants et d’autres produits cosmétiques étant donné sa haute qualité, ses caractéristiques exceptionnelles et la demande croissante de l’industrie cosmétique pour des produits naturels respectueux de l’environnement. 

L’histoire d’Akoma

La région de l’Est supérieur est la deuxième région du Ghana la plus pauvre. Elle compte des niveaux de pauvreté TDP1 élevés en plus d’une incidence élevée de maladies comme la malaria, le kwashiorkor et le béribéri que les services de santé ne peuvent adéquatement traiter. Le taux élevé d’analphabétisme est exacerbé par la faible fréquentation scolaire; qui, bien que l’enseignement primaire soit gratuit, plusieurs parents ne peuvent défrayer les coûts reliés aux uniformes, aux crayons et aux livres.

Avec peu d’opportunités d’emploi, environ 70% de la population dépend du travail agricole comme moyen de subsistance. La majorité d’hommes et de femmes de la région de Pusu-Namogo fait de l’agriculture de subsistance en cultivant le maïs, le millet, les noix (arachides) et le riz. La principale source de revenus pour les femmes est dérivée de la collecte de noix de karité tombées d’arbres à beurre, que l’on peut retrouver sur une superficie de 225 acres (90ha). Chaque femme cueille des noix de karité qu’elle trouve sur une surface d’environ 5 acres (2ha), ce qui équivaut en moyenne à une quantité de 15 sacs de 80kg chaque durant la saison de récolte, de mai à octobre. Traditionnellement, les noix de karité sont vendues sur les marchés locaux et de petites quantités sont transformées en beurre pour l’usage domestique.

Depuis 2002, Trade Akoma Ghana Ltd exporte une gamme de produits y compris de l’artisanat, des produits pour le soin de la peau et des ingrédients alimentaires. Cette entreprise d’exportation s’approvisionne des petits exploitants agricoles ce qui a comme bienfait d’accroître leurs capacités et d’améliorer leurs revenus. En 2006, elle identifiait le groupe informel de femmes cueilleuses de noix de karité du village de Pusu-Namogo comme partenaire potentiel et les assista à établir la coopérative de la société polyvalente Akoma, durant la même année.

Depuis ce moment, cette petite initiative domestique a étendu ses activités commerciales à trois autres villages et s’est transformée en réelle entreprise d’exportation. En octobre 2008, la Trade Akoma Ghana, avec le soutien financier de partenaires comme le Akoma International UK, a complété la construction d’un nouvel entrepôt et d’une usine de transformation, tous deux situés au coeur du village. Les membres de la coopérative ont reçu une formation sur le processus de production du beurre de karité. Ils connaissent désormais les étapes de lavage, d’écrasage, de rôtissage, de moulinage et de pétrissage  des noix pour en faire un beurre de karité qui répond aux normes internationales et qui est prêts à l’export.

L’usine a la capacité de produire environ huit tonnes de beurre de karité par jour et peut entreposer  12,000 sacs de noix de karité. Actuellement, Akoma produit environ 45 tonnes de beurre de karité par année desquelles 15 tonnes sont certifiées biologiques. Akoma est enregistrée comme coopérative auprès du département des coopératives depuis janvier 2009 et environ 350 autres femmes ont fait la demande pour s’inscrire en tant que membres.

Le groupe n’a pas l’intention de dépendre uniquement de la production de beurre de karité, mais, en tant que société polyvalente, elle planifie diversifier ses actitivés pour y inclure l’artisanat et a l’intention d’acquérir d’autres compétences comme la confection de robes, la fabrication de savons et la production de beurre de cacao et d’offrir un revenue pour les femmes de la communauté durant toute l’année.

Akoma et Fairtrade

La mission d’Akoma est d’améliorer la position économique de ces membres ainsi que réduire la pauvreté dans leur communauté. En tant qu’organisation, elle reconnaît qu’au fil du temps, le prix plus élevé et garanti versé pour les ventes Fairtrade constitue l’une des options disponibles pour sortir les femmes de leur situation de marginalisation, leur permettre d’améliorer leur niveau de vie et d’envoyer leurs enfants à l’école.

Akoma obtint la certification Fairtrade en juillet 2009 et est le premier producteur de beurre de karité ghanéen à être certifié. Akoma reçoit au moins le prix minimum Fairtrade de 3.65 $ la tonne de beurre de karité ce qui fait en sorte que leurs membres reçoivent un salaire décent pour leur travail. La prime additionnelle Fairtrade de 255 $ la tonne est versée aux membres afin qu’ils l’investissent dans des programmes sociaux et d’amélioration opérationnelle qui profiteront à leur communauté.

Les projets financés par la prime Fairtrade

Juliana Sampana déclarait que les membres gagnent trois à quatre fois plus en transformant et en exportant le beurre de karité comparé à la vente des noix sur le marché domestique. Malgré le versement d’une modeste prime Fairtrade pour les ventes effectuées durant la première année, elle a tout de même permis à la coopérative de procurer une assurance médicale gratuite à tous ses membres ainsi que l’achat d’une quantité suffisante de matériel pour fournir un uniforme scolaire gratuit à un enfant par famille membre.  

Les idées de manquent pas chez les membres lorsqu’il s’agit de discuter de projets que la prime pourrait financer. Si les ventes augmentent, ils planifient rénover le bâtiment dilapidé de l’école primaire Pusu-Namogo, l’achat d’ordinateurs, l’établissement d’une bibliothèque qui favoriserait l’étude chez les enfants et la construction d’une clinique. Un projet plus ambitieux serait de faciliter l’accès aux études secondaires, quelque chose qui est hors de question pour la plupart d’entre eux.

Il est clair pour Juliana Sampana que la vie des membres peut être transformée en participant au système Fairtrade. Mais l’espoir d’un avenir meilleur pour les membres et leurs familles dépend de la croissance du marché des cosmétiques et en revanche, cela permettrait à Akoma de vendre plus de beurre de karité sous les normes Fairtrade.