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Commerce équitable en zones de conflits

Julie Langlois
Juin, 2011
Julie Langlois  

C'était en octobre 2010. Pour la première fois, je mettais les pieds en Palestine – ou devrais-je plutôt dire, en Territoires palestiniens occupés. Car jadis un pays, la Palestine est aujourd'hui une entité morcelée entre zones gérées par l'Autorité palestinienne, le Hamas, les colonies juives et les espaces sous contrôle de l'armée israélienne.

À peine assise dans un taxi collectif en route vers Ramallah et déjà, les questions foisonnent. Qui sont ces gens avec lesquels j'échange régulièrement des courriels? Comment font-ils pour garder l'espoir après toutes ces décennies de guerres et de tensions? Comment arrivent-ils à cultiver leurs champs malgré les barrières, les restrictions de mouvements, les agressions et les humiliations quotidiennes? Où puisent-ils la force pour continuer à se battre – je parle de ceux qui ont choisi de déposer les armes – et de rester sur leurs terres.

Après nombreux échanges et mûres réflexions, j'en suis venue à la conclusion qu'il m'est tout simplement impossible de réellement comprendre puisque je n'ai pas vécu la guerre. Mais peu importe si j'ai vécu la guerre ou non car, comme me disait dernièrement Saleem Abu-Ghazaleh, directeur du département du commerce équitable au Palestinian Agricultural Relief Committees, « ce qui importe, c'est qu'avec chaque bouteille d'huile d'olive vendue au Québec, c'est l'histoire des agriculteurs palestiniens que vous racontez. » Certes.

Dans ce sens, il vaut la peine de citer un extrait d'une récente étude publiée par Trade for Development Centre : « Non seulement les intiatives de commerce équitable contribuent à mobiliser les populations et les forces vives de ces territoires en leur offrant des perspectives de développement, mais elles offrent aussi une reconnaissance identitaire positive aux yeux du monde et l'espoir d'un avenir sans soldats ni terroristes.1

Je lisais récemment que de nombreuses théories économiques évoquent les relations qui existent entre développement économique, paix et stabilité. Bien entendu, je suis d'accord avec plusieurs d'entre elles, à quelques détails près. Je précise à quelques détails près car ce serait se mettre un doigt – et même un bras – dans l'oeil que de croire que le commerce classique se fait au bénéfice des populations locales désireuses de produire et de travailler pour le bien-être de leurs familles et le développement de leurs communautés.

Cela dit, à l'instar d'un commerce à la sauce néolibérale, le commerce équitable peut représenter une solution idéale pour mobiliser les populations autour de projets rassembleurs et stabilisateurs dans des pays où la guerre, l'occupation militaire, les attentats ou encore l'oppression ont détruit les infrastructures. C'est dans cet ordre d'idée qu'on a pu assister, en février 2009, à la mise en marché  de la toute première huile d'olive certifiée équitable dans le monde : une huile d'olive produite et embouteillée en Palestine. Un moment jouissif, pour ne pas dire euphorique. Car au-delà de transactions purement commerciales, le commerce équitable permet des investissements productifs et sociaux (prime équitable) da façon à garantir qu'une part significative des revenus des transactions sera consacrée à la réalisation de projets qui auront un impact réel et rapide sur le bien-être et le confort des populations.2

Or, dans certains pays avoisinants, le commerce équitable ne connait pas le même essor. Prenons par exemple, la République démocratique du Congo. Là où la guerre civile a fait plus de quatre millions de morts et provoqué le déplacement de deux autres millions de personnes. En 2001, est né dans ce pays la coopérative Solidarité Paysanne pour la Promotion des Actions de Café et Développement Intégral (SOPACDI). En 2010, notamment grâce à l'appui d'organismes de coopération internationale, la SOPACDI était prête à solliciter l'agrément de FLO et espérer vendre le café de ses membres directement sur le marché international, en évitant les intermédiaires et la concurrence déloyale. Toutefois, un problème majeur s'imposait alors : l'organisme de certification refusait (avec raison) d'envoyer ses inspecteurs au Kivu, région considérée comme trop dangereuse.

Selon moi, là se trouve un important dilemme de la certification équitable tel que pratiquée par la FLO. Je m'explique. Le commerce équitable se veut, avant tout, un levier pour les petits producteurs marginalisés pour accéder à un marché de façon à ce que ces derniers évitent de brader leurs produits ou d'avoir recours à des prêts usuraires. Alors qu'advient-ils lorsque ces mêmes paysans – qui pendant plusieurs années se sont efforcés pour rencontrer les critères rigoureux des organismes de certification équitable – se voient refuser la certification de leurs produits dû à l'insécurité dans la région? Devrait-on leur suggérer de se tourner vers la World Fair Trade Organization, une filière intégrée dont tous les acteurs intervenant dans l'élaboration et la commercialisation du produit sont engagés dans le commerce équitable et se conforment volontairement à ses principes? Ou encore, devrait-on les pousser à créer leur propre logo équitable?

J'aimerais donc en savoir davantage sur ce que Fairtrade Canada ou encore la FairTrade Labelling Organization entrevoit comme alternative pour ces pays fragilisés par la guerre. Quel moyen mettre en place pour déjouer les difficultés que rencontrent les intervenants extérieurs à se rendre sur place?  Est-ce que travailler de pair avec certaines organisations internationales ou acteurs internationnaux qui ont des compétences en matière de sécurité serait envisageable? Peux-t-on tirer profit des nouvelles technologies des communications pour former, à distance, des contrôleurs locaux chargés de la certification? Ou encore, une exemption permettant d'afficher le précieux logo Fairtrade certified est-il envisageable dans certains cas (n'est-ce pas ce qui a été envisagé par la Fondation Fair Trade pour la filière du raisin en Afghanistan)?

Voilà quelques pistes de réflexions...

Julie Langlois est la coordonnatrice générale de AMP-Commerce solidaire.


1. Le commerce équitable en zones de conflit. Publication du Trade for Development Centre, 2010. Pour plus de détails, consulter la publication en ligne sur http://issuu.com/tradefordevelopmentcentre/docs/zones_de_conflit_fr_ok

2.  Ibid.

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