Les producteurs d’abord
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Dans « la nouvelle stratégie globale pour le commerce équitable » de la FLO, on peut lire que dans les années à venir, les réseaux de producteurs pourront « prendre leur place comme acteurs fondamentaux du système au lieu de simples bénéficiaires » du commerce équitable. Cette volonté a toujours été au cœur du mouvement, mais les producteurs ont-ils toute la place dont ils ont légitimement droit dans ce système?
Depuis près de 15 ans, mon commerce équitable s’est principalement défini sur le terrain auprès des familles qui sont à la base du système. Un tour du monde équitable qui a débuté en 1996, avec Laure Waridel, auprès des membres de l’Unión de Comunidades Indígenas de la Región del Istmo (UCIRI) au Mexique. Depuis ce premier séjour, j’ai visité 25 groupes de producteurs dans 15 pays.Bout à bout, ces séjours cumulent près de deux ans à vivre directement auprès de paysans, d’artisans et autres travailleurs du monde équitable. Le respect que j’ai pour ces hommes et ces femmes, j’ai voulu qu’il se traduise dans mes images. Aussi, j’ai toujours souhaité mettre de l’avant le rôle et l’importance des producteurs dans le système. Sans vouloir redéfinir l’équitable, pour moi ce mouvement doit être pour et par les producteurs au Sud. Le commerce équitable n’est pas seulement un changement de paradigme pour le commerce conventionnel, mais aussi pour le développement international traditionnel, trop souvent paternaliste.
| Francisco Van der Hoff, chez lui, à proximité d'Ixtepec dans l'état d'Oaxaca, au Mexique. |
Pour Francisco Van der Hoff, les 25 ans d’histoire de la coopérative UCIRI ont apporté aux petits producteurs mexicain une « éducation qui a mené progressivement vers l’autodétermination sociale, culturelle et politique et à laquelle souhaite s’ajouter l’autodétermination économique ». Chez CoopeAgri au Costa Rica, plus de 750 000 $ sont investis annuellement dans les programmes sociaux de la coopérative. 22 % de ce montant est issu des primes équitables alors que la grande majorité provient de leurs fonds propres. En travaillant avec des coopérabotives de producteurs, le commerce équitable soutient des organisations bel et bien issues de la base qui sont des moteurs de développement dans leur région. Aussi, il ne faut pas sous-estimer les bénéfices parfois intangibles du modèle; bien malin celui qui peut quantifier la fierté, voire la dignité!
En 2004, j’ai pu visiter les jardins privés de thé certifiés équitables. Bien que j’ai rapidement constater le déficit démocratique et le manque d’autonomie des travailleurs, en 2009, j’ai été agréablement surpris par le dynamisme des comités mixtes et les projets hautement participatifs issus des primes équitables dans les plantations de fleurs en Équateur, filières dans laquelle toute les organisations dépendent de travailleurs salariés. Preuve que la graine du changement fait son chemin.
| Catherine Nana et sa fille concasse les noix de Karité sous le célèbre "arbre à beurre" au Burkina Faso |
Au total, il y a aujourd’hui 827 organisations de producteurs certifiées par la FLO. Coopératives, plantations privées ou entreprises, ces organisations sont regroupées au sein de trois réseaux internationaux de producteurs. En Amérique latine, la CLAC (Coordinadora Lationoamericana y del Caribe de Pequeños Productores de Comercio Justo); en Afrique, l’AFN (African Fairtrade Network); et en Asie la NAP (Network of Asian Producers). Ces trois réseaux ont quatre sièges permanents sur le conseil d’administration de FLO depuis 2006.
Aussi, certains groupes de producteurs sont actionnaires dans des entreprises, au nord, de distribution de produits équitables, telle l’Équatorienne El Guabo, l’une des propriétaires de la Néerlandaise Agrofair. Aussi, des groupes de producteurs transforment de plus en plus leur matière première pour tirer profit de la valeur ajoutée; la ligne de produits Cuisine Camino de la Siembra en est un bon exemple. Malheureusement, ces initiatives sont peu nombreuses.
| Dans la région de Jimma, en Éthiopie, Wendemagah Kabege se déplace à flanc de colline entre les longues tables en bois recouvertes de jute sur lesquelles le café sèchent au soleil |
Il est donc essentiel de constamment remettre les producteurs au cœur de nos réflexions et de notre travail pour un commerce équitable. Ces producteurs méritent non seulement de meilleures conditions de vie sur le plan matériel, mais également plus de pouvoir dans l’ensemble du système. Les coopératives, et d’une certaine manière les comités de travailleurs, ont permis une plus grande autodétermination au niveau local. Il est maintenant temps que des gestes soient posés pour permettre à ces organisations d’être mieux représentées dans toutes les instances du mouvement équitable afin qu’un jour une réelle parité puisse être atteinte pour ces paysans et travailleurs.
Merci de reconnaître leurs aspirations au bonheur et à la liberté qui nous sont communes et qui nous identifient tous comme frères et sœurs de la grande famille humaine.
Éric St-Pierre est un photojournalist qui documente le commerce équitable depuis 15 ans. Il a contribué à divers ouvrage sur le sujet et publié trois livre dont le plus récent, intitulé "Le Tour du Monde Équitable", est l'ouvrage photographique le plus complet sur le commerce équitable . www.ericstpierre.ca


Commentaires
question sur la certification
Bonjour,
Je sais que pour les produits artisanaux se sont les organisations et non les produits qui sont certifiés via la WFTO et son logo. Comment alors le consommateur peut-il s’assurer qu’il achète de l’artisanat équitable…? (dans des boutiques spécialisées mais aussi en dehors des boutiques spécialisées ?)…
Y-A-T-IL UN LOGO DE TRANSFAIR SUR LES PRODUITS ÉQUITABLES ARTISANAUX ? Il n’y a pas grands produits équitables artisanaux en région et je ne m’en souviens plus lorsque je suis allé chez Dix mille villages à Montréal.
S’IL Y A UN LOGO DE TRANSFAIR SUR LES PRODUITS ARTISANAUX, qu’adviendra-t-il lorsque le logo de transfair sera remplacé… ? Sera-t-il remplacé via FlO seulement sur les produits agricoles.
En somme, comment fonctionne la certification des produits équitables artisanaux au Canada ? Comment s’y retrouver comme consommateur ?
Certification de l'artisanat
Bonjour Robert,
Pour l'instant il n'y a pas de certification comme celle de la FLO (Transfair Canada) pour l'artisanat équitable. Comme tu le notes, la WFTO fait des vérifications auprès des organisations qui produisent ou commercialisent de l'artisanat équitable mais ce n'est pas pour l'instant une certification en soi. La WFTO travail pour mettre en place leur propre certification qui permettrait à l'artisanat équitable, comme pour le café, de sortir des boutiques spécialisées et d'être vendu dans de grandes surfaces avec un logo sur les produits. Je ne suis pas certain de l'échéancier quant à la mise en place de cette certification de la WFTO.
Pour l'instant tu dois donc aller dans les boutiques spécialisées comme celles de Dix Mille Villages qui vont fêter leur 65e anniversaire en 2011.
Il faut savoir que les premières initiatives de commerce équitable on débuté avec l'artisanat et longtemps avant l'arrivé de la certification des produits alimentaires à la fin des années 80. Mais avec l'évolution rapide de cette partie du commerce équitable (plus de 4 milliards de $ de produits certifiés comparé au 400 millions de l'artisanat), il est très probable d'ici quelques années on retrouve de l'artisanat équitable avec un logo de certification et ce dans beaucoup plus de points de ventes!
Au plaisir
Éric
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