Commerce équitable: des consommateurs plus éduqués
Yves Therrien—Mai, 2010
À qualité égale, les produits équitables, comme le café ou le chocolat, se vendent le même prix que les produits haut de gamme en ayant pour effet d'aider directement les producteurs au lieu d'enrichir une multinationale.
Le Soleil, Patrice Laroche
(Québec) Selon les organisateurs de la Quinzaine, les consommateurs sont plus éduqués et les demandes d'information sur les produits équitables sont à la hausse. Par contre, entre les demandes et la démarche à faire pour acheter les produits certifiés, le pas est difficile à franchir.
«Les consommateurs disent souvent qu'ils ne trouvent pas les produits recherchés, soulignent Sophie Michaud et Mylène Armstrong. Parfois, c'est qu'ils ne veulent pas faire un détour pour aller dans une boutique spécialisée même s'ils admettent que le produit équitable est un choix sensé. Très souvent aussi, les produits équitables ne sont pas sur les tablettes avec les produits de même nature. Le café, le sucre ou le cacao équitable sera placé dans la section des produits biologiques, mais les consommateurs ne savent pas où chercher.»
À cause du volume des produits des multinationales et de leurs exigences de placement dans les marchés d'alimentation, les organismes sans but lucratif comme Plan Nagua ou les importateurs de produits équitables comme Direct Terroir ou Label Terre ne peuvent pas lutter à armes égales. Pour être dans les grandes chaînes, les produits doivent être sur la liste centrale des Provigo, Metro, IGA, Sobeys et les autres. Puisque les produits proviennent des petits producteurs et de coopératives, il est difficile, voire impossible de garantir un approvisionnement sans faille et un volume à tout casser. Les organisations doivent se rabattre sur le 10 à 20 % de marge discrétionnaire des marchands. La bataille se fait donc épicerie par épicerie.
C'est pourquoi la campagne de la Quinzaine actuelle mise sur une sensibilisation à un autre chapitre où les consommateurs sont invités à exiger les produits équitables à l'épicerie, dans les restaurants ou au café du coin avec des cartes postales à cet effet pour le vin, le café et les bananes.
Les efforts de sensibilisation de la Quinzaine porte aussi sur le fait qu'acheter des produits équitables est non seulement un geste ayant une portée sociale en soutenant des petits producteurs qui, autrement, seront exploités par des multinationales payant toujours le plus bas prix possible, mais c'est aussi un geste environnemental, car les certifications équitables comportent un lot de règles visant à protéger l'environnement. Plus encore, il n'y a pas de produits bas de gamme.
À qualité égale, les produits équitables, comme le café ou le chocolat, se vendent le même prix que les produits haut de gamme en ayant pour effet d'aider directement les producteurs au lieu d'enrichir une multinationale. La base de la certification équitable est le prix plancher plus élevé que le prix à la Bourse avec une prime sociale versée par les producteurs à la coopérative pour le mieux-être du village ou de la communauté. Au Québec, les consommateurs sont moins sensibilisés qu'en Europe aux effets du commerce équitable. Par exemple, en Suisse, 90 % des bananes vendues ont l'étiquette équitable. Ici, les consommateurs ne sont pas aussi exigeants.
La quinzaine pour faire réfléchir
«Le problème demeure de convaincre, ajoute Sophie Michaud. Les problèmes à l'étranger ne touchent pas les gens d'ici parce qu'ils ne les voient pas.» «Moi, je mets toujours un visage sur les produits que j'achète», ajoute David Schmid. La Quinzaine propose donc aux consommateurs de réfléchir aux conséquences de leurs achats sur l'environnement planétaire, sur leur mode de vie et sur celui des petits producteurs qui veulent se prendre en main et accéder à un peu plus de richesse individuellement et collectivement.
«Acheter des produits équitables demande un effort, soutiennent les organisateurs de la quinzaine. C'est le contraire des stratégies de marketing des multinationales qui sont axées sur la facilité et la paresse. Le commerce équitable exige de se déplacer pour obtenir le produit, de réfléchir à l'impact de nos achats et de payer un peu plus cher pour des produits de qualité au lieu de chercher le plus bas prix possible. Nous partons avec trois prises dans l'esprit de bien des gens.»
Le commerce équitable, ce n'est pas du commerce charitable, affirme Karim Elabed de la société d'importation de produits équitable Label Terre. «C'est un geste social et un achat engagé en se souciant de la face cachée du commerce.»
Chose certaine, un consommateur qui achète un produit avec le sceau TransFair Canada peut être assuré d'acheter non seulement un produit de qualité à cause des exigences élevées de qualité, mais aussi que le producteur aura reçu un prix juste pour son travail. De même, le nombre d'intermédiaires entre le producteur et le consommateur est réduit au minimum pour éliminer la prise de profit d'un intermédiaire à l'autre.

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