10 juillet, 2019

Un travail et un revenu décent. Est-ce trop demandé?

Sukambizi
par Gelkha Buitrago, directrice des normes et de la tarification, Fairtrade International

Un proverbe anglais dit : « le tout est plus grand que la somme de ses parties. » En termes simples, cela signifie que, lorsque les gens collaborent, ils peuvent accomplir beaucoup plus que si chacun travaillait pour leur compte.

Voilà la nature d’une coopérative. En travaillant ensemble, en mettant en commun les ressources, les expériences, les habiletés, en partageant une vision commune et les profits plus équitablement, les coopératives Fairtrade sont plus résilientes et sont mieux outillées pour défendre leurs droits face à un environnement commercial souvent hostile. Reposant sur des valeurs communes d’entraide, d’autoresponsabilité, de démocratie, d’égalité, d’équité et de solidarité, les coopératives changent le fonctionnement du commerce mondial.

Le 6 juillet, plus de 1 400 petites organisations agricoles Fairtrade, réparties dans 73 pays, célébreront la Journée internationale des coopératives dont le thème cette année est « un travail décent ». La taille des coopératives Fairtrade varie énormément – la plus petite ne compte que 2 membres tandis que la plus grande en compte plus de 90 000, le nombre moyen de membres se situant autour de 260. Au total, cela fait plus de 1,5 million d’agricultrices et d’agriculteurs qui profitent des avantages que procure l’appartenance à une coopérative Fairtrade – incluant les dispositifs de protection que sont le prix minimum équitable et les sommes supplémentaires versées via la prime équitable Fairtrade (une somme d’argent supplémentaire obtenue à la suite de ventes faites selon les modalités Fairtrade). Les coopératives investissent cet argent en fonction de leurs besoins.

Le 8e objectif de développement durable (ODD) des Nations Unies a comme objectif le travail décent et la croissance économique. Selon la philosophie de Fairtrade, le revenu décent compte parmi les piliers essentiels d’un travail décent – il s’agit de deux côtés d’une même pièce. Le revenu décent est un droit humain fondamental, pourtant des millions d’agricultrices et de travailleurs de pays en voie de développement ne gagnent pas suffisamment pour se procurer les biens essentiels comme des aliments nutritifs, un logement et une éducation, encore moins pour économiser pour les revers inattendus ou pour une retraite en toute dignité. Le prix que l’on paie aux productrices et aux producteurs de produits tels que le café, le thé, le cacao et les bananes est tout simplement trop bas. Par conséquent, les productrices et les producteurs ne sont pas en mesure de verser un salaire décent à leurs travailleuses et travailleurs.

Voilà pourquoi les coopératives sont si importantes. Les coopératives Fairtrade donnent à leurs membres le pouvoir de négocier de meilleures ententes avec les négociants; d’accéder au crédit, aux assurances de même qu’à d’autres services financiers; de décider par eux-mêmes de la façon de dépenser la prime équitable; et pour les femmes, joindre une coopérative Fairtrade constitue peut-être un premier pas vers l’égalité des genres et l’autodétermination.

Prenez les 470 femmes de la coopérative de café Koperasi Kopi Wanita Gayo, située dans la province d’Aceh en Indonésie. Il s’agit de la toute première coopérative de café entièrement composée de femmes du sud-est de l’Asie qui confère aux femmes un plus grand rôle dans leur propre avenir, dans une communauté très conservatrice et dominée par les hommes. Dans leur première année de commercialisation, elles ont produit 13 tonnes de café et elles prévoient utiliser la prime équitable pour construire un centre de santé reproductive en plus de faire don d’une ambulance à la communauté.

Au Malawi, l’association Sukambizi, une coopérative productrice de thé comptant plus de 8 000 membres, a choisi d’investir une partie de sa prime équitable dans des services essentiels axés sur les enfants, dont 12 infrastructures scolaires dans différents villages (image ci-dessus de Fairtrade Foundation). Avant la construction de ces infrastructures scolaires, plusieurs parents hésitaient à laisser marcher leurs enfants de longues distances pour se rendre à l’école, causant ainsi un haut taux d’absentéisme. À cela s’ajoute la construction d’une maternité, l’achat d’une ambulance et l’accès à l’eau potable pour plus de 4 000 familles.

Pendant ce temps, en Côte d’Ivoire, Awa Bamba, directrice générale de la coopérative productrice de cacao Cayat qui compte plus de 3 000 membres, est l’une des premières finissantes de la Fairtrade Women’s School of Leadership. Sous sa direction, la coopérative Cayat a presque doublé sa production et a procédé à une diversification de ses sources de revenus en introduisant la production de volailles et d’œufs. La prime équitable de la coopérative a également servi à financer une station de radio communautaire, à investir dans des écoles maternelles et à mettre sur pied un système de microcrédit pour les membres.

Ces exemples - qui comptent parmi des milliers de coopératives Fairtrade dans le monde – démontrent bien comment le modèle de coopérative Fairtrade aide ses membres à parvenir à un travail décent. Mais le fait est que plusieurs petits producteurs demeurent sous l’emprise de la pauvreté. Par conséquent, plus tôt cette année, Fairtrade a revu ses normes pour les petits producteurs dans le but de renforcer leurs pouvoirs en matière de relations commerciales. Les modifications apportées permettront aux membres de coopératives Fairtrade de tirer un meilleur parti des avantages tout en les aidant à être plus résilients face aux fluctuations des marchés et aux changements climatiques. Ainsi donc, joignez-vous à nous, ainsi qu’aux milliers de coopératives Fairtrade dans le monde, tandis que nous militons en faveur d’un travail et d’un revenu décents pour tous.


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