TEMPÊTE DANS UNE TASSE DE CAFÉ : ALORS QUE LE MARCHÉ DU CAFÉ S’EFFONDRE, COMMENT SE TOURNER VERS UN MODÈLE ÉQUITABLE ET DURABLE?

Café

La semaine dernière, le prix du café arabica a chuté sous la barre du 1 $ US/lb pour la toute première fois en 16 ans, clôturant à 0, 975 $ US/lb le 20 août 2018. Comme mesuré par les marchés à terme de New York, le prix du café ne cesse de reculer * depuis les 18 derniers mois, laissant prévoir une situation de crise pour les productrices et les producteurs de café. 

Lundi, des représentantes et des représentants de l’industrie du café du Brésil et de la Colombie, soit les plus importants producteurs de café arabica au monde, ont publié une déclaration commune * pour déplorer le scénario dévastateur qui se déroule à l’heure actuelle sur le marché mondial du café. La déclaration souligne qu’« À l’heure actuelle, les prix internationaux du café sont en dessous des coûts de production » ce qui « compromet la viabilité économique et la survie de 25 millions de familles productrices de café, partout au monde. »

Compte tenu de l’inflation, du coût de la main-d’œuvre et de l’investissement dans de meilleures pratiques agricoles, le coût de la production du café ne cesse de croître. Malgré cela, le prix sur le marché de New York oscille de façon constante autour de 1 $ US/lb, prenant en otage les productrices et les producteurs de café.

De plus, plusieurs facteurs externes influencent les prix internationaux, notamment l’influence néfaste exercée par la spéculation financière et les détenteurs de stock de café qui, trop souvent, ne connaissent pas la réalité des chaînes d’approvisionnement ni les pays producteurs. Si l’état du marché du café ne s’améliore pas, « l’or noir » dont jouissent des millions de personnes quotidiennement risque d’être transformé de manière irrévocable.

Le café peut-il être un produit de base tout à fait durable?

Le café durable ne sera pas bon marché. De façon générale, les torréfacteurs, les négociants, les détaillants et les entreprises doivent reconnaître le fait que les productrices et les producteurs de café doivent bénéficier d’un prix juste pour couvrir les coûts de production et celui d’un salaire décent.

Fairtrade a été mis sur pied à la fin des années 1980 en réponse au rude combat qu’ont mené les productrices et les producteurs de café mexicains à la suite de l’effondrement des prix mondiaux du café. La création du prix minimum Fairtrade pour le café visait à protéger les agricultrices et les agriculteurs, tel un filet de sécurité, de périodes difficiles où les forces du marché offraient, au profit des négociants, des torréfacteurs et du public consommateur, des prix inférieurs.

Depuis 30 ans, Fairtrade est un joueur important du domaine de la consommation durable et éthique et il demeure la voix des petites organisations agricoles qui exigent un accès meilleur et plus équitable au marché. Selon le récent rapport de suivi Fairtrade Monitoring Report *, en 2016 : 

  • on compte à l’échelle mondiale 537 organisations de café équitable certifié Fairtrade;
  • on compte 795 457 productrices et producteurs de café équitable Fairtrade;
  • les productrices et producteurs de café ont reçu 112 317 803 $ en prime équitable Fairtrade.

Jusqu’à présent, Fairtrade est le seul système qui fournit une stabilité aux organisations d’agricultrices et d’agriculteurs en période de volatilité des marchés. En reconnaissant le rôle des organisations de productrices et de producteurs et leur contribution à l’amélioration des pratiques agricoles, de même que la concurrence qu’ils représentent dans les enchères en qualité, nous favorisons et renforçons leur position de négociation dans un marché de plus en plus consolidé.

Alors : le café peut-il devenir un produit de base durable d’ici 2020 ? Non, pas si nous n’établissons pas de relations justes et à long terme avec les organisations de productrices et de producteurs. Des relations où les négociations reposent sur le coût de leur production et de la vie plutôt que sur la valeur marchande qui est fictive et intrinsèquement injuste. Toutefois, nous ne pourrons y arriver seuls. Pour continuer à apporter notre soutien aux productrices et aux producteurs de café, il faut que les partenaires des pays consommateurs, notamment les torréfacteurs, les importateurs et le public consommateur, s’engagent à appuyer une entente équitable.

*Disponible seulement en anglais.